David triomphant

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Ballet en 2 actes et 3 tableaux

Première : le 15 décembre 1936 au Théâtre de la Cité Universitaire de Paris

Musique : Claude Debussy et Modeste Moussorgski

Rythmes de Serge Lifar orchestrés par Vittorio Rieti

Argument (ou livret) : Serge Lifar d’après Le livre des Rois

Décors et costumes : Fernand Léger

Direction musicale : Joseph-Eugène Szyfer

Principaux interprètes : Yvette Chauviré (Melchore), Lycette Darsonval (la Sorcière), Serge Lifar (David), Serge Renn (le roi Saül)

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« Présenté pour la première fois en décembre 1936, au gala de la Cité universitaire, David triomphant fut donné à l’Opéra le 26 mai 1937 dans une version agrandie et enrichie. Ce ballet en deux actes sur une partition de Vittorio Rieti d’après des rythmes de Serge Lifar, décors de Fernand Léger, commençait au moment où Daphnis et Chloé s’était arrêté : dans l’éblouissement juvénile d’une vie de berger. Le jeune David, frère spirituel de Daphnis, mais évoluant dans un monde différent, biblique et héroïque, se présentait à nous avec son instrument bucolique, la lyre, et son innocente candeur. Mais les événements allaient l’entraîner loin de son chemin de berger.

Timide et tendre, les mouvements souples et légers, David apparaissait en tunique brune. La génuflexion de David à la vue du roi Saül, porté par ses soldats, tel une statue glorieuse, préludait à la danse avec la fronde, ravissante de fraîcheur et de noblesse. Appelé à défendre son pays, David obéissait avec joie à ce nouveau devoir : protéger non plus des brebis, mais la vie de sa nation. En créant cette danse à la fois sportive et guerrière, Lifar fut servi par l’expérience d’Icare. Les bras levés, le corps flexible se balançant comme une tige sous la brise, il exécutait de petits sauts de biche, puis des bonds virils et guerriers, des mouvements en avant et en arrière ; il enchantait les yeux et l’âme jusqu’à la victoire finale sur le géant. La saltation avec la fronde révélait plastiquement la parole poétique du texte biblique. La voix du peuple retentissait : « Saül a vaincu ses mille et David ses dix mille ! » Ces paroles répétées reviendront comme un refrain lointain. Une projection montrait la fuite de l’armée ennemie. Le tendre berger venait de se transformer en héros populaire.

David avait donc accompli sa tâche, mais Saül n’avait pas prévu la gloire qui en résulterait pour le héros, et il ne pouvait l’admettre. Le deuxième tableau se déroulait entre les deux hommes, le vieux roi et le jeune élu. Par des petits sauts sur place, sur la demi-pointe, David commençait la danse qui se développait en une large cantilène plastique. Tout en jouant de la lyre, David était saisi de crainte en présence de ce roi sombre et pensif qui l’écoutait avec un double sentiment de plaisir et de jalousie. David réussissait d’un mouvement souple à éviter la lance jetée comme par hasard par Saül ; il poursuivait sa danse aux aguets et, apercevant Saül lancer son arme, il l’attrapait au vol. La rumeur de la fête populaire, les cris : « Saül a vaincu ses mille et David ses dix mille », constituaient le fond sonore de cette scène. Puis David exécutait sur le proscenium, sans accompagnement, une brève danse aux mouvements flexibles et doux. Lifar l’improvisait, la modifiant chaque fois selon son inspiration, et réalisant dans le silence complet « la musique muette » de son corps. D’ailleurs, tout la partition de David triomphant avait été dictée par le rythme de ses mouvements, que Rieti nota et orchestra comme cela avait été fait pour Icare.

La jeune Yvette Chauviré était Melchore, la fille de Saül. Le jeu entre David et Saül formait un admirable contrepoint avec la danse radieuse de Melchore, pleine de passion. Tandis que Saül, dans le tableau suivant, cherchait à connaître son sort auprès de la sorcière (Lycette Darsonval) au cours d’une scène de sombre terreur, David et Melchore échappaient à sa violence en s’enfuyant dans le désert en une cours apeurée et bondissante autour de la scène. Particulièrement éloquente était la danse sur place de Melchore et David, assis par terre, pleurant et se penchant l’un vers l’autre.

Ce personnage à double face qu’avait su créer Lifar : doux berger et guerrier audacieux, sujet docile du roi Saül et élu du peuple, était un être bien vivant qui s’imposait à nous avec une force concluante à travers les multiples facettes du rôle. La danse du berger, la danse avec la fronde, la saltation guerrière devant les troupes auxquelles David redonnait courage, la danse avec la lyre, le pas de deux avec Melchore, tous ces multiples aspects du psalmiste se fondaient en une seule image éclatante du héros de la Bible.

Le ballet  s’achevait  sur  l’intronisation  de  David  porté  en  triomphe  par  le peuple. »

Serge Lifar rénovateur du ballet français par Jean Laurent et Julie Sazonova, Buchet/Chastel Corrêa, Paris, 1960 (pp. 109-111)