Roméo et Juliette

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Poème dansé

Première : le 16 juin 1942 à la Salle Pleyel

Musique : Piotr Illitch Tchaïkovski

Principaux interprètes : Serge Lifar (Roméo), Ludmilla Tcherina (Juliette)

Ce ballet marqua les débuts de Ludmilla Tcherina.

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Création Palais Garnier, 27 février 1945. Décors Maurice Moulène. Direction musicale Robert Blot.

Distribution : Juliette (Lycette Darsonval), Roméo (Serge Perrault)

Dernière représentation par le Ballet de l’Opéra, Palais Garnier 20. 10. 1990

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« Il nous arrive parfois de nous inspirer d’un drame, d’une tragédie, mais nous ne pouvons lui emprunter que son action ou, pour être plus précis, la quintessence de l’action réduite au strict minimum de détails expressifs. En conséquence je me suis permis de prendre certaines libertés à l’égard du texte de Shakespeare en composant ma dernière création, « Roméo et Juliette », que je vais présenter prochainement.

Mon ballet ne comprend que deux personnages – Roméo et Juliette. Le seul, le vrai thème, le thème éternel du drame de Shakespeare c’est l’amour des deux héros ; les autres personnages ne sont que des accessoires de l’action, des décors de l’émotion, fastes ou néfastes. Je les ai donc réunis en deux groupes impersonnels, sortes de pôles d’attraction entre lesquels se meuvent les amants ; ils n’interviennent que pour faire rebondir l’action du ballet et servent parfois de décor animé. Cette opposition entre deux groupes distincts, les héros d’une part, les comparses d’autre part, m’a été suggérée en partie par l’ouverture de Tchaïkovsky, pour « Roméo et Juliette », que j’ai utilisée.

L’action du ballet constitue un raccourci ou plutôt une perspective du drame de Shakespeare ; elle se réduit à quatre épisodes qui se suivent sans interruption. Le premier représente la rencontre des deux héros chez Capulet ; la danse adopte une plastique grave, pleine de ferveur amoureuse et quasi religieuse, comme les premières paroles qu’ils échangent.

Au second tableau, Roméo se bat en duel avec Tybald ; au troisième tableau c’est la scène du balcon, et le dernier tableau évoque la mort des deux amants.

On sait combien je suis partisan de la convention en matière de théâtre, et surtout en matière de ballet. Cette convention m’a permis d’imaginer divers procédés qui ne relèvent que du théâtre pur. C’est ainsi qu’au second tableau, Tybald ne paraît pas en scène : le duel est traduit « chorégraphiquement » au moyen d’une « variation » de Roméo combattant un adversaire invisible. Au quatrième tableau, après que Juliette se fut tuée, les deux amants se relèvent et dansent leur mort. Les deux héros ne peuvent pas de façon naturaliste, comme dans un drame ; leur mort se traduit par la danse : en effet, mon art ne doit pas renoncer à ses propres moyens d’expression à l’instant même où l’action atteint au paroxysme.

J’ai réglé le ballet sur une ouverture de Tchaïkovsky, trop peu connue ici – « Roméo et Juliette ». L’état d’esprit et le plan général de cette ouverture répondent exactement à l’idée que je me fais du drame de Shakespeare : on y retrouve cette atmosphère de drame, de gravité amoureuse, où doivent évoluer les deux amants.

En composant mon ballet, je n’ai voulu à aucun moment me contenter d’illustrer par la danse une pièce symphonique de Tchaïkovsky. L’ouverture de « Roméo et Juliette » n’est pas pour moi un point de départ, mais un aboutissement. La danse utilise à son profit le texte musical, au lieu de l’épouser rigoureusement – de cette façon le thème des pépées servira d’accompagnement tour à tour, au duel de Roméo, à sa sérénade sous le balcon de Juliette et à son désespoir, tandis que certains choréauteurs, désireux seulement d’illustrer la musique par leurs danses, auraient sans doute réglé les mêmes pas ou du moins des visions identiques pour chaque exposition du thème, à l’orchestre.

Le rôle de Juliette sera interprété par une jeune danseuse que le public ne connaît pas encore. Je serai d’autant plus heureux de la lui présenter, que ses dons sont certains et qu’elle réalise une image remarquable, tour à tour lyrique et dramatique, de son personnage.

Je serai Romée, comme je le fus déjà aux ballets russes, aux côtés de Karsavina, seulement le Roméo d’aujourd’hui sera tout différent de celui d’hier – reniant les cérébralités du surréaliste il tâchera d’évoquer  l’immortel  amant  de  Vérone, le  héros romantique  rêvé  par  Shakespeare. »

Avant la création de "Roméo et Juliette" par Serge Lifar, in Comœdia, 16 mai 1942, pp. 1 et 4

 

 

 

 

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